
Makita Shoten : des parapluies tissés du Yamanashi
À Minamitsuru, dans le Yamanashi, Makita Shoten perpétue un savoir-faire de tissage transmis depuis l’époque d’Edo pour fabriquer des parapluies. Nous avons échangé avec M. Kurihara sur l’histoire de l’entreprise, son artisanat et le soin apporté à chaque parapluie.


La région de tissage du Gunnai
La région du Gunnai, dans le Yamanashi, est réputée pour ses textiles, en particulier le kaiki, une soie tissée à partir de fils teints avant tissage. Makita Shoten a été fondée en 1866. Les lourdes balles de riz étant difficiles à acheminer hors de cette terre montagneuse, on payait l’impôt en soie, légère et précieuse, et la soie du Yamanashi s’est fait connaître dans tout le pays. Lorsque les lois somptuaires ont interdit les vêtements trop voyants, les citadins d’Edo ont caché des motifs à l’intérieur de leurs manteaux, et les doublures en kaiki ont connu un véritable essor.

Du tissu aux parapluies
« À l’origine, Makita Shoten était une entreprise de tissus », explique M. Kurihara. Lorsque le polyester a fait reculer l’industrie de la soie, les tisserands du Gunnai se sont chacun spécialisés : les cravates, les étoles et, pour Makita, le tissu pour parapluies, fourni pendant 50 à 60 ans aux grands fabricants. Environ 20 ans avant notre visite, alors que les ventes de parapluies en grands magasins chutaient, l’entreprise a commencé à concevoir, tisser et assembler ses propres parapluies, forte du savoir-faire acquis en livrant à l’occasion des parapluies finis. Comme elle fournit toujours de grands fabricants, elle vend par l’intermédiaire de boutiques sélectionnées, de boutiques éphémères et de salons d’artisanat plutôt qu’en grands magasins.


Teint, tissé et assemblé en un seul lieu
« D’autres entreprises fabriquent des parapluies à partir de tissu tissé, mais je pense que nous sommes les seuls au Japon à teindre le fil, tisser l’étoffe et assembler le parapluie. » Les grands métiers à tisser peuvent réaliser de vastes motifs jacquard et doivent être maintenus toute l’année à une température et une humidité constantes, légèrement chaudes. Les motifs naissent à mesure que les fils de chaîne se lèvent ou s’abaissent au-dessus de la trame, créant de subtils dégradés. Le tissu chatoie au gré de la lumière, et devient plus lustré encore après l’imperméabilisation.



Une région de spécialistes
De nombreuses mains interviennent : un atelier retord et met le fil en écheveaux, un autre le teint, un autre encore aligne plus de 12 000 fils de chaîne. « Si une seule entreprise ferme, nous ne pouvons plus continuer. Chacune a son propre problème de succession. » Certaines étapes sont confiées à des travailleurs à domicile, souvent âgés. Sans ce réseau, ces parapluies ne pourraient être fabriqués nulle part ailleurs.

Les motifs étaient autrefois lus sur des cartes perforées ; Makita utilise désormais des données numériques. Ses métiers, conçus pour les parapluies, peuvent tisser de longs raccords de motifs, et même des dessins qui s’étendent sur des panneaux voisins, en tissant deux panneaux côte à côte sur 140 cm pour réduire les chutes.

Découpe et contrôle
Le tissu fini est inspecté par tranches de 50 mètres, puis découpé en panneaux triangulaires à l’aide de gabarits en bois et de couteaux spéciaux ; la plupart des parapluies comptent huit panneaux, et chaque forme d’armature exige son propre gabarit. Chaque panneau est de nouveau vérifié par transparence. « À l’achat, on regarde l’extérieur, mais à l’usage, on voit l’intérieur. Nous veillons à ce qu’il n’y ait aucun défaut, même de ceux qu’on ne remarquerait qu’avec le soleil en transparence. »



Les panneaux présentant de minuscules défauts côté intérieur sont devenus des sacs réutilisables et des housses de sac. Imperméables et peu sensibles aux petits défauts, ils se sont si bien vendus qu’ils sont désormais aussi confectionnés dans du tissu neuf.

Couture et assemblage
Les panneaux sont assemblés sur une machine spéciale sans fil de canette, si bien que les coutures sont extensibles et que la toile s’ouvre tendue et lisse. Des travailleurs à domicile de la région cousent ensuite la toile sur l’armature, puis chaque parapluie est inspecté, repassé et muni de sa poignée juste avant l’expédition. « C’est un parapluie que toute la communauté fabrique ensemble. »



Des réparations pour la vie
Makita Shoten répare chaque parapluie vendu, des baleines cassées aux panneaux déchirés, qu’elle peut remplacer puisqu’elle fabrique elle-même le tissu. « Les réparations demandent parfois beaucoup de travail, mais nous ne facturons que la main-d’œuvre. Si quelqu’un l’a assez aimé pour l’acheter, nous voulons l’accompagner. »


Grandir avec la région
« Ici, les tisserands s’entendent vraiment bien. Ailleurs, les gens du même métier sont rivaux. » Comme chaque entreprise est spécialisée, elles s’adressent même mutuellement des clients. « C’est une industrie en déclin, alors nous nous entraidons et essayons de la dynamiser ensemble. » Merci à M. Makita, à M. Kurihara et à toute l’équipe de Makita Shoten.






