
Wajima Kirimoto : ramener la laque dans la vie quotidienne
Wajima, à la pointe nord de la péninsule de Noto, n’est pas facile d’accès, et c’est peut-être pour cela que la ville a gardé tant de son charme d’antan : marchands ambulants poussant leurs charrettes, célèbre marché matinal et boutiques de laques tenues depuis des générations. Nous avons rendu visite à Wajima Kirimoto, qui insuffle des idées nouvelles à la laque autour du concept de « la laque pour la vie quotidienne ».


Une famille d’artisans du bois
L’histoire de la laque à Wajima remonte à l’époque de Heian, et le Wajima-nuri tel que nous le connaissons s’est établi à l’époque d’Edo. Pour porter le nom de Wajima-nuri, une pièce doit répondre à des exigences strictes, comme le renforcement des bords avec du tissu et l’emploi de la poudre de base locale de Wajima, le jinoko . Le travail a toujours été réparti entre spécialistes : fabricants de supports en bois, laqueurs et décorateurs, coordonnés par un producteur. Le métier de Kirimoto était le support en bois, et son habileté était respectée dans toute la profession.

Un vent nouveau
M. Kirimoto, septième génération, a étudié le design à l’université et travaillé dans l’aménagement de bureaux avant de prendre la relève. Voyant les artisans se raréfier et le secteur se réduire, il s’inquiétait de rester simple fabricant de supports en bois. La laque est très fonctionnelle et a toute sa place au quotidien, et pourtant de moins en moins de gens l’utilisaient. Il a donc opéré un changement audacieux : Kirimoto deviendrait fabricant, produisant et vendant lui-même ses laques, et mettant ses connaissances en design au service de techniques et de formes nouvelles dans la tradition de Wajima. En le rencontrant, nous avons ressenti ce que c’est qu’une personne réellement déterminée à faire bouger les choses.

Makiji et nunomise
Le makiji, la technique qu’il a mise au point, consiste à saupoudrer du jinoko, fait de terre de diatomée cuite, sur une surface renforcée de tissu, puis à y faire pénétrer la laque. La finition légèrement texturée résiste aux rayures : même les bols peuvent s’utiliser avec cuillères et fourchettes, et les baguettes deviennent à la fois robustes et faciles à tenir. La technique a été distinguée au niveau national et est apparue dans une série télévisée populaire tournée à Wajima.


Le nunomise, autre technique originale souvent employée pour les plateaux de table, consiste à laquer par-dessus un tissu de façon à en conserver la texture : une finition épaisse, d’une élégance discrète, que l’on retrouve dans les grands restaurants.

Vents contraires
Fabriquer des laques de A à Z et introduire de nouvelles techniques a suscité des critiques dans une région lente à accepter le changement. Aujourd’hui ces techniques sont reconnues, mais le combat a été bien réel. Peut-être parce qu’il avait vu le monde au-delà de Wajima, M. Kirimoto a compris que pour garder une tradition vivante, il ne faut pas la figer, mais la laisser évoluer avec son temps.

Une laque mal comprise
La laque est entièrement naturelle, respectueuse de l’environnement, antibactérienne et conserve la chaleur. Pourtant, beaucoup la croient difficile d’entretien ou irritante pour la peau. La laque brute peut irriter, mais une pièce laquée finie est entièrement durcie et sans danger ; on donnait même autrefois de petits objets laqués aux bébés pour leurs poussées dentaires. Vous pouvez la laver avec une éponge et du liquide vaisselle, et l’utiliser chaque jour est le meilleur des entretiens. On dit que c’est un récipient que l’on « fait grandir », car il évolue lentement au fil des années.

M. Kirimoto nous a raconté que lorsque des enfants comparent la laque à d’autres matières, presque tous choisissent la laque. Les adultes qui ont grandi sans beaux objets la choisissent bien moins souvent. La laque touche en nous quelque chose d’instinctif.
La laque pour toute une vie
Sûre, naturelle et réparable, la laque peut durer toute une vie, et même se transmettre de génération en génération. M. Kirimoto parcourt le Japon pour en faire connaître la vraie valeur. À Wajima, nous avons vu un rideau noren qui disait : « Quel bonheur quand un petit-enfant hérite du bol que Grand-mère a acheté. » Nous ne saurions mieux dire. Merci à M. Kirimoto et aux artisans de Wajima Kirimoto.




