
BANSHU HAMONO : les ciseaux d’Ono et l’histoire du « 101 »
Depuis plus de 230 ans, les lames domestiques et les faucilles d’Ono, dans la préfecture de Hyogo, sont appréciées dans tout le Japon sous les noms de « ciseaux d’Ono » et de « faucilles d’Ono ». Après notre visite de cette ville de l’ouest de Hyogo, il y a deux chiffres que nous voulons partager avec vous : 73 et 101.

73 : l’état de l’artisanat
Après Seki, Sakai et Tsubame-Sanjo, les trois grandes régions coutelières du Japon, vient Banshu, à Hyogo. Chaque région a ses points forts ; la spécialité d’Ono, ce ne sont pas les couteaux de cuisine, mais les ciseaux et les faucilles.

Nous avons d’abord rencontré M. Tanaka, président de la coopérative des grossistes en quincaillerie d’Ono, qui gère la marque BANSHU HAMONO et œuvre pour l’ensemble de l’industrie coutelière de la ville. Il nous a donné un chiffre saisissant : 73. C’est l’âge moyen des artisans couteliers d’Ono. Beaucoup sont plus âgés encore, et travaillent toujours. À ce rythme, il pourrait bientôt ne plus y avoir d’artisans, et la région pourrait cesser d’exister en tant que ville coutelière. De tous les lieux que nous avons visités, c’est ici que nous avons ressenti la crise le plus vivement.


Un regard neuf
La réponse de la coopérative a été de faire appel à un regard extérieur. Elle a demandé à Shinya Kobayashi, un designer originaire d’Ono, de prendre en main les lames de la ville. Heureux d’aider sa ville natale, il a accepté et a renommé les lames d’Ono BANSHU HAMONO.

101 : un pour cent de couleur
En discutant avec M. Tanaka, M. Kobayashi a déclaré : « Les lames de Banshu sont déjà abouties. » Des formes affinées au fil des siècles n’avaient pas besoin d’être redessinées. Il a plutôt proposé d’ajouter un pour cent de couleur nouvelle à une forme parfaite. C’est ainsi qu’est née la Série 101: des ciseaux à fil et des ciseaux de tailleur traditionnels à la forme inchangée, avec juste une touche de couleur. Colorer des ciseaux n’était jamais venu à l’esprit des artisans ni de la profession. C’est un changement infime, mais dans une si longue histoire, c’est une nouveauté totale qui pourrait transformer la manière dont Ono fabrique ses lames.


Au-delà des mers
M. Kobayashi a fait des marchés étrangers une priorité, ce que la coopérative n’avait jamais imaginé. Elle lui a fait confiance, et l’accueil a été excellent : les expositions à New York, Londres, Paris et Amsterdam ont été bien reçues, et les demandes venues de l’étranger ne cessent d’augmenter.
Trouver des successeurs
Tout aussi urgent : trouver des successeurs. Les ciseaux à fil forgés de la Série 101 sont tous fabriqués par M. Mizuike, un artisan septuagénaire, seule personne au monde capable de forger des ciseaux à fil du début à la fin. Son savoir-faire est irremplaçable, et son apprentissage demande des années. La coopérative et M. Kobayashi s’efforcent de trouver des apprentis, et quelques-uns ont commencé à se manifester, même si, comme le dit M. Mizuike, il reste beaucoup à faire pour les soutenir.
Mise à jour : Depuis notre visite, l’apprenti de M. Mizuike, M. Terasaki, a pris la relève. Après avoir maîtrisé les techniques que son maître lui a inculquées, M. Terasaki est désormais celui qui forge à la main les ciseaux à fil de la Série 101, transmettant ce savoir-faire rare à la génération suivante.


Ce que nous voulons préserver
Des ciseaux bon marché couperont très bien. Mais les objets faits pour durer portent une vraie valeur : le soin de l’artisan, l’attachement qui grandit à l’usage, et le geste de les entretenir et de les transmettre. Choisir ce que nous utilisons en gardant cela à l’esprit est peut-être ce qui permet à une région artisanale de rester vivante. Nous remercions toutes les personnes d’Ono qui nous ont consacré de leur temps.




