
JIKAN STYLE : tenugui teints à la main à Sakai, Osaka
Le tenugui est l’un des objets les plus polyvalents que l’on puisse posséder au Japon : essuie-mains, mouchoir, torchon, emballage cadeau, voire décoration murale. Pour cet entretien, nous nous sommes rendus à Sakai, près d’Osaka, pour rencontrer M. Miyamoto, de la société Miyamoto, à l’origine de JIKAN STYLE, ainsi que M. Nakao, président de Nakani, la teinturerie qui donne vie aux motifs de JIKAN STYLE.

Un artisanat fondé sur le travail d’équipe
Les tenugui naissent d’une division du travail traditionnelle. Dès qu’une commande arrive, le tissu passe du tisserand au blanchisseur puis au teinturier, chacun étant un atelier spécialisé. Miyamoto et Nakao sont d’ailleurs parents : les fondateurs des deux entreprises étaient frères, et à leur époque la règle était simple : « l’aîné vend, le cadet fabrique ».
Sakai cultive le coton depuis l’époque d’Edo, et les ateliers de blanchiment bordent ses rivières depuis longtemps. Les teintureries sont arrivées après la guerre, et les deux entreprises ont été fondées à cette époque d’après-guerre.

Le tissu
Les tenugui sont fabriqués à partir de kohaba, une étroite toile de coton tissée sur des métiers traditionnels. Deux types sont courants : le bun, un tissage plus épais et plus lâche, légèrement transparent, souvent utilisé pour les petits motifs classiques, et le tokuoka, un tissage dense qui ne laisse rien transparaître et met magnifiquement en valeur les détails fins et les dégradés. Presque tous les tenugui JIKAN STYLE sont en tokuoka. « Il devient plus doux à l’usage, explique Nakao, et comme il y a énormément de fils, il reste agréable au toucher même lorsqu’il bouloche. »

Le chusen : teindre en versant
Chaque tenugui JIKAN STYLE est teint selon la technique du chusen, une méthode de teinture à la main née à Osaka. Elle demande bien plus de temps et d’efforts que l’impression, mais offre une douceur, une profondeur et un léger fondu des couleurs que l’impression ne peut égaler.
Encollage. Le tissu est posé sur un pochoir et enduit d’une pâte de réserve à base d’algues. Là où se trouve la pâte, la teinture ne pénètre pas. Le tissu est plié en accordéon, puis encollé couche après couche. Il doit être posé parfaitement à plat, sans aucun pli, et rapidement, car la vitesse des mains de l’artisan détermine la production de la journée. Il faut au moins cinq à dix ans avant qu’on vous confie tous les types de motifs.

Teinture. Sur la table de teinture, de petits murets de pâte sont tracés autour de chaque zone, un peu comme on décore un gâteau, et la teinture est versée dans chacun d’eux. Une pédale aspire la teinture à travers la pile, si bien qu’une cinquantaine de couches sont colorées d’un coup. « La teinture en pile a été conçue pour la production en série, s’amuse Nakao. C’est très Osaka comme façon de faire. » La pile est ensuite retournée et teinte aussi par l’envers : contrairement à un tissu imprimé, un tenugui chusen est éclatant des deux côtés.

Lavage et séchage. L’excédent de pâte et de teinture est éliminé au lavage, le tissu est essoré dans une gigantesque essoreuse, puis les longues pièces non coupées sont suspendues à un plafond très haut pour sécher lentement à l’air chaud, afin de ne pas rétrécir.

Un savoir-faire menacé
Il existait autrefois plus de cinquante teintureries chusen dans la région. Il n’en reste aujourd’hui que trois, et une vingtaine dans tout le Japon. La situation des tisserands est encore plus difficile : seuls deux ateliers de tissage des environs ont un successeur, et de nombreux métiers sont actionnés par des artisans septuagénaires et octogénaires.
Nakani fait figure d’exception, avec de nombreux jeunes artisans dans son équipe. Nakao, venu de la préfecture de Shiga s’installer à Sakai, affirme qu’un quartier au bord de la rivière où tisserands, blanchisseurs et teinturiers travaillent côte à côte est introuvable ailleurs au Japon. « Il ne suffit pas que notre entreprise survive seule, dit-il. Nous voulons faire connaître le charme du tenugui pour que toute la région puisse continuer à en fabriquer. »

La naissance de JIKAN STYLE
La société Miyamoto fabriquait des tenugui bien avant 2005, mais surtout des motifs traditionnels comme des fleurs, des pois ou des inscriptions de festival, vendus par des grossistes sous d’autres noms. JIKAN STYLE a été lancé en 2005 pour créer des tenugui que l’on choisirait pour leur design et que l’on apprécierait pour eux-mêmes.
Passer de l’expédition de cartons aux grossistes à la préparation de centaines de motifs un par un a été un véritable saut dans l’inconnu. « Nous ne savions vraiment pas si cela marcherait », se souvient Miyamoto. Aujourd’hui, la récompense, c’est de voir leurs propres produits vendus, et aimés, sous leur propre nom.

Les saisons du Japon, avec humour
Ce qui distingue JIKAN STYLE, ce sont ses motifs : scènes de saison, porte-bonheur et culture japonaise, dessinés avec des couleurs franches et une touche d’espièglerie. Chaque tenugui ressemble à un petit tableau. De nombreux visiteurs étrangers en rapportent en souvenir, séduits par le sens et l’humour de chaque motif.
Utilisez-en un comme mouchoir qui sèche vite et s’adoucit à chaque lavage, nouez-le autour d’un sac ou accrochez-le au mur. Miyamoto recommande tout particulièrement d’exposer des tenugui au fil des saisons : « En appartement, il est difficile d’installer de grandes poupées pour la fête des filles ou des carpes koinobori. Un tenugui vous permet de profiter facilement de la saison, et il se range tout petit une fois la fête passée. »

Le secteur fait face à de vrais défis, de la relève à la disparition des ateliers. Mais après avoir vu le chusen de près, nous sommes convaincus que le tenugui a encore beaucoup à offrir. Merci à M. Miyamoto et à M. Nakao pour leur temps.

















